Témoignage · Entrepreneuriat

J'ai co-fondé la première usine de vinyle de Bretagne

Lundi dernier, le tribunal en a prononcé la clôture définitive.

2014 → 2024 · Bretagne, France · Lecture : 5 min
38k vinyles/mois
~15 salariés
700k€ levés en 1 semaine

Paris, la musique, et une vocation

J'ai quitté Rennes à 20 ans avec le bac en poche et une envie que je n'arrivais pas encore à nommer. Paris, un magasin de beaux-arts, et par le fruit d'une rencontre déterminante, Christophe, un manager qui m'ouvre des portes insoupçonnées, je tombe dans le monde de la musique. Mano Solo, Têtes Raides, La Rue Kétanou. Illumination : Je veux travailler avec eux, les artiste. je veux travailler près d'eux, pour eux. J'achète un camion, je transporte des artistes, je vis dans leur énergie. Ce n'est pas un emplo : C'est une vocation.

L'histoire me ramène en Bretagne. Je travaille le soir et le week-end dans une société de dépannage automobile. En parallèle, je monte des concerts avec une association locale, parce que la musique, je ne peux pas vraiment m'en éloigner. C'est là que je rencontre Mickaël, responsable d'atelier dans la même société de dépannage ou je travaille. Ancien du sport automobile, passé par les paddocks du GP2, du GP3 et de la Formule 1. Le duo était né, Miackaël le technicien hors pairs doublé d'une capacité de réflexion redoutable et moi même, le geek, l'automaticien, le business develloper.

Construire ce qui n'existe plus

En 2014, nous pressentons quelque chose avant le marché : le vinyle revient. Non pas comme une mode passagère, mais comme un mouvement de fond, profond et durable. Nous décidons de construire une usine. Premier obstacle : le matériel n'existe plus nulle part. Nous le recréons alors pièce par pièce, en nous appuyant sur des photographies, des archives vidéo, des fragments de savoir éparpillés aux quatre coins de la profession. Au début, nous mettons deux minutes pour presser un disque de qualité médiocre. Nous progressons lentement, par essais et par erreurs.

Puis un jour, un homme pousse la porte de l'atelier. Un ancien. Il avait bâti de toutes pièces l'une des plus grandes usines de vinyle d'Europe dans les années 1980, ingénieur hors pair aujourd'hui à la retraite. Il nous observe travailler. Il reste. Il nous transmet son métier, son geste précis, sa manière de lire une machine. Ce compagnonnage inattendu change tout.

Le premier vinyle à base d'algues

En 2016, dans la salle d'attente d'un rendez-vous, je feuillette machinalement un magazine posé sur la table. Je tombe sur l'histoire d'un entrepreneur breton qui fabrique du plastique à base d'algues. Je montre l'article à Mickaël. Nous sortons du rendez-vous, nous débarquons à l'improviste dans cette société, et nous repartons les bras chargés d'échantillons. Les tests commencent. La machine s'encrasse. Nous craignons de l'avoir détruite et avec elle, toutes nos économies et le projet tout entier.

Nous passons un week-end entier à tout démonter, tout remonter, presque sans dormir. Le lundi matin, la magie opère. Le disque est vert, il grésille, il n'est pas tout à fait rond : il existe. Nous venons de fabriquer le prototype du premier vinyle à base d'algues. Nous n'avons jamais réussi à l'industrialiser, faute de moyens et de priorités. Une toute petite série est sortie. Mais nous l'avions fait.

Trente mille euros demandés. Sept cent mille levés.

Les machines tombent quand même en panne. L'argent s'épuise. Le comptable nous conseille de fermer. Je lui demande de me préparer un état financier complet, je prends ce dossier sous le bras, et je pars à la recherche d'investisseurs. Il estimait qu'il nous fallait 30 000 euros.

Besoin estimé · 30 000 €
700k€
levés · en une semaine

C'est ainsi qu'est née la première usine de vinyle de Bretagne.

Quinze salariés. Des artistes du monde entier.

À notre apogée, nous sommes près de quinze salariés. Nous pressons du reggae pour toute la France, de l'électro pour l'Allemagne, du rock pour l'Australie.

Mylène Farmer Blanche Gardin Arno (Belgique) Reggae · France Électro · Allemagne Rock · Australie

L'usine tourne. L'été, la chaleur est étouffante. L'hiver, le froid est mordant. Ce sont les salariés qui portent tout cela sur leurs épaules, avec une constance et une fierté qui forcent le respect. Je ne les remercierai jamais assez. Un merci tout particulier à Aline Rogemont. Je n'oublierai jamais aucun des salariés et stagiaires ni leur engagement : cette boîte ils l'ont toutes et tous aimés (et j'en suis fier) qui sont passé par M com' Musique : si vous me lisez ( ♥ ) .

Tenir. Encore. Et encore.

🦠

2020

La pandémie. Nous tenons.

2021

Les prix de l'électricité explosent, avec une hausse de 800%. Nous renégocions nos contrats, nous adaptons nos installations. Nous tenons encore.

⚔️

2022

La guerre en Ukraine, la pénurie de nickel pur. Nous résistons, mais plus longtemps.

⚖️

2024

Nous faisons le choix d'un redressement judiciaire, et par ailleur ailleurs je tiens à remercier l'ensemble du tribunnal de commerce de Rennes ainsi que le mandataire judiciaire.

Une star internationale. Un coup de théâtre.

Trois mois plus tard, je reçois un courrier électronique d'une inconnue. Elle dirige la filiale française d'une banque d'affaires. Un client américain (disons le, une star internationale) souhaite reprendre l'affaire avec les employés et les dirigeants. Nous négocions pendant des quelques mois. Le projet n'aboutit finalement pas, mais ce n'est pas ce que je retiens de cette période. Ce que je retiens, c'est que nous (salariés, dirigeants, projets) étions un produits, au sens "noble" du terme (ce qui m'amènera plus tard à de longues réflexions sur la valorisation des entreprises).

Las des aller retour entre le manager, les avocat, le tribunnal ; las des ascenseurs émotionnels et des difficultés, nous demandons la liquidation de la société.

Merci aux milliers de clients qui nous ont permis de presser prêt de 38 000 vinyles par mois ! Merci à nos partenaires et fournisseurs avec qui les liens furent très forts !

Une semaine après. Un nouveau départ.

Semaine +1

Une semaine après la clôture définitive, je retrouve un poste dans une startup. C'est là que je fais la connaissance de Simon Pageaud, docteur en apprentissage par renforcement.

Inria Startup Studio

Nous intégrons plus tard le programme Inria Startup Studio, avec une ambition précise : construire un jumeau numérique des villes, par la simulation, le multi-agents et le renforcement. Nous allons jusqu'à présenter le projet devant une soixantaine de personnes. Mais au terme de cette année, nous convenons que le marché est trop difficile à approcher. nous pivotons.

Convergence

C'est à la fin de cette année chez Inria que se noue la suite. Nous recroisons Pierre et Jean-Christophe, deux personnes qui m'avaient accompagné du temps du vinyle, l'un sur le marketing, l'autre sur les questions d'assurance. Quatre trajectoires qui convergent. Nous décidons de travailler ensemble sur un nouveau projet. Nous sommes en 2026.

Co-construire Jaspi

Aujourd'hui, je co-construis Jaspi avec Jean-Christophe, Simon et Pierre. Une solution d'intelligence artificielle qui s'adapte à l'humain plutôt que l'inverse, conçue avec deux exigences en son sein : la frugalité et la souveraineté numérique.

Techniquement, nous travaillons à la croisée de l'expérience utilisateur, de la construction d'un contexte global et intelligent, de l'agentique et de l'apprentissage par renforcement. Une démonstration sera bientôt disponible.

IA adaptative Frugalité numérique Souveraineté Renforcement Multi-agents

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a.ollivier@balafenn.org

Être autodidacte, c'est avoir la liberté d'apprendre, de faire, d'entreprendre là où personne ne vous attend et de trouver le chemin que personne n'a pas osé emprunter.

— Antoine